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Fran’s Travel Diary

Wednesday, 27 Nov 2019

Location: Mactan, Lapu Lapu City, Philippines

MapCinquième tranche de vie : On est passé à table, mais le menu fait réfléchir. En d'autres termes on rentre dans le dur....

Un mois s'est écoulé depuis la dernière tranche, car le contenu est dense et nous a bien occupé. Une multitude d'expériences dans le shaker qui nous permettent de vivre pleinement les Philippines, et une fois encore d'analyser la situation, et se rendre compte que l'interculturalité est une composante incontournable qui rend le quotidien de mission parfois complexe.

Bouffée d'air pur pour débuter : Malapascua Island. Archipel minuscule au Nord de Cebu. Après 4h de route, nous voilà sur le bateau pour rejoindre ce lopin de terre encore assez sauvage, où la plongée, le snorkelling et le poisson grillé sont légion. Première sortie avec les masques pour les enfants. Partis à la découverte des Coraux, poissons multicolores et oursins, nous sommes émerveillés par ces fonds marins magnifiques. Une belle entrée en matière pour se préparer à nos destinations de Noël en famille. Un vrai coin de paradis préservé. Les propositions de plongée sont nombreuses, mais la pèche locale demeure la première ressource économique de l'île.

Retour à la maison en fin de week-end pour reprendre nos activités.

Côté AirBNB, Les travaux avancent à merveille, et les équipes charbonnent. Maçons, éléctriciens et plombiers se relaient pour avancer sur le chantier. Je découvre certaines méthodes locales "manuelles", qui ont été délaissées chez nous depuis longtemps au profit des machines outils.
Ici, l'outillage principal, c'est la sueur et les bras, même par 35 degrés.
Ces trois dernières semaines, on a charbonné : la fosse septique est prête à l'emploi, le puit à été creusé, la pompe manuelle puis la pompe sous pression ont été posées, la partition des chambres effectuée, la plomberie installée, et les salles de bains sont dans les mains du carreleur. Gouttières et toiture modifiées, l'electricité est réadaptée. En Bref, ca roule. Avec mon équipe de jeunes, nous gérons l'extraction des gravas, les enduis intérieurs, et la réfection de l'espace Lounge dans le jardin. Question nettoyage du chantier, ce ne sont pas les champions, mais on fait avec, pas le choix, il faut savoir lâcher prise...

En parallèle, nous avons développé des partenariats avec des resorts sur l'île pour permettre aux jeunes de réaliser 2 semaines de stage, et toucher du doigt la réalité d'un boulot. C'est là que ca se corse.
La préparation des équipes à ce qui les attend est nécessaire, et on fait avec les moyens du bord : Service à table et faire un lit au carré font partie des jeux de rôles, et les jeunes s'impliquent.

Le stage démarre pour la première équipe, qui s'implique et tourne bien. Ca rale, car il faut désormais s'adapter à un vrai rythme, celui du Travail. Les jeunes s'accrochent néanmoins, et les retours sont plutôt positifs.
La deuxième équipe prend le relais, et là, ca dérape. Ils passent les entretiens, et tous sont acceptés. Le premier jour de boulot, 5 ne se présentent pas, et ne donnent pas signe de vie pendant 5 jours. Je passe les détails, mais ce comportement impose une remise en question personnelle, remise en question du programme, nos exigences occidentales face aux jeunes, et la motivation profonde des jeunes à participer au programme : En bref, la matière grise est en ébullition pour comprendre où sont les grains de sable dans l'engrenage.
La volonté sous-jacente n'est pas de boulverser le système et d'en faire le nôtre, mais bien de se mettre à niveau pour que nous puissions répondre aux besoins du terrain, en adéquation avec les valeurs de l'ONG et nos propres valeurs.

Meeting au sommet avec les jeunes ce matin pour creuver l'abcès, et j'ai droit à une belle veste bien taillée. Il apparait clairement que les jeunes considèrent le programme que nous menons au centre comme un boulot accompagné d'un salaire et non pas d'une formation accompagnée d'une allocation monétaire qui les aide à l'insertion dans la vie active. Les travaux, ils n'en veulent plus, et préfèrent trouver un emploi.
On ne va pas se le cacher, c'est un peu le cataclysme, mais qu'importe, mon rôle est de les accompagner dans leur recherche d'emploi, en tentant de leur faire comprendre que le premier job qui tombe n'est pas forcément le bon, car du taf, il y en a ici, mais il y a de tout!
Les réflexions vont bon train pendant que les mains sont dans l'enduis, pour allier le chantier, le recrutement des jeunes et les objectifs collectifs pour mener à bien la mission. Ca occupe!

Côté prison, Gwen multiplie les rendez-vous pour chercher des partenaires locaux professionnels afin de développer les contenus de training. Pas si simple, car il est clair que cette notion de prison et de détenus rend vraiment les gens frileux. Il n'y a pourtant rien à craindre, mais il faut le vivre pour le comprendre. Les jeunes du programme ont terminé les finitions du centre, et ont organisé une journée sportive pour célécbrer l'occasion. Journée très sympathique avec les jeunes de mon programme et les enfants.
J'ai parfois le sentiment de voir ma femme se transformer en "maton". Là encore, difficile à comprendre quant on ne le vit pas, mais l'approche de la vie pour les jeunes Philippins est très court termiste. Il est clair que sans une rigueur drastique et des prises de position ciblées, il y a peu de chance qu'ils puissent s'assumer à leur sortie de prison.

Pour y voir clair et prendre un peu de recul, rien de tel qu'un petit dîner multi-culturel chez des amis locaux, pour partager du pain français maison, un bon cochon de lait grillé, du ceviche de bonite et espadon au lait de coco et une tarte citron. Les bases: on recharge les batteries et ca repart!

On termine le mois par la Fiesta de Lapu Lapu, festival local qui célèbre le guerrier Lapu Lapu, qui tua Magellan pour libérer les Philippines de l'emprise espagnole (Merci pour cette minute Historique!) Un genre de 14 juillet local. On sort les manèges, la bière, les Karaokés (n'oublions pas les traditions) et bien sûr les boules Quiès!
Fête foraine d'un autre temps, que nous apprécions avec les enfants. Simplicité une fois encore, moments partagés avec les locaux, et découvertes des coutumes.

Dans une semaine, séminaire à Manille avec tout le staff LP4Y, et les enfants seront gardés par nos amis locaux (Julien et Madi) à Cebu pendant 5 jours. Madi est directrice d'une école Montesori, et les enfants vont pouvoir s'insérer dans une autre école pour quelques jours. L'anglais n'est plus un problème à l'écrit comme à l'oral. Nous restons stupéfaits par la vitesse à laquelle ils réussissent à assimiler la langue et les contenus, et ce malgré l'accent Philippins parfois peu évident! La première réunion de parent a eu lieu, et nous sommes très fiers de nos trois cocos qui sont grandement appréciés à l'école, et qui affichent d'excellents résultats!

Nous approchons de Noël, et si certains souhaitent faire un "don de Noël", et soutenir notre mission auprès de la DCC (L’organisme qui nous a préparé au départ et qui soutient financièrement notre volontariat), voici le lien ci dessous. Ces dons permettent de perpétuer l'envoi de volontaires comme nous en mission aux 4 coins du Monde. Merci à vous tous!
https://www.helloasso.com/associations/ladcc/co...

On termine par la Pensée du jour, avant la suite au prochain épisode :

Aider l'autre est une bataille perpétuelle.
En tant qu'Homme, tu peux lui fournir des outils, des conseils, des appuis, du soutien, et tout ce que tu possèdes. Néanmoins, l'autre doit toujours demeurer celui qui prendra la décision finale: la sienne.
Si tu la prend à sa place, tu ne lui rend pas service car tu le rend dépendant, il remet son sort à tes propres convictions, et non les siennes.
Si tu compaties, tu te charges d'émotions qui ne sont pas les tiennes, tu cherches des solutions, mais tu risques de manquer d'objectivité et n'auras pas les codes pour pouvoir le comprendre et t'en libérer.
Si tu as de l'empathie, tu demeures à l'écoute, tu accompagnes, tu partages, tout en te préservant à minima pour ne pas être pris dans un piège émotionnel délicat. La théorie est belle et parfois difficile à discerner.

La mission, c'est un rubik's cube. Tu visualises où il faut en venir, tu tires expérience de chaque mouvement, tu te fais une idée de la méthode, tu tentes de t'en rappeler, mais chaque mouvement fait rebouger tout ce que tu as déjà entrepris.
L'important finalement dans cette mission, ce n'est pas la finalité en elle-même, qui colle à des objectifs personnels, c'est plutôt l'enseignement émotionnel humain qui transpire de chaque instant.