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Fran’s Travel Diary

Saturday, 24 Oct 2020

Location: Iceland

Map WWOOFING : Worldwide Opportunities on Organic Farming
Un terme qui désigne l'échange de bons procédés entre humains, certains donnent et recoivent, d'autres recoivent et donnent.
Les offres sont multiples, tout autour du Globe. Pourquoi l'Iceland ? C'est grâce à Astrapi, que Gaston avait dans les mains en Juin dernier, alors que nous étions gentillement confinés aux Philippines. Quelques clichés de ce pays magnifique, qui suscitent son intérêt pour nous suggérer la destination.
Quelques réponses négatives et 2 mois plus tard, alors que nous allions rentrer en France, Vidir, fermier Icelandais, nous répond positivement. Le seul, qui plus est! La Providence fait bien les choses, c'est notre devise, et c'est donc là que nous devons aller après un petit break estival tricolore!

Le 8 Octobre : Départ en Terre inconnue. On troque les tongues et le chapeau contre un bonnet et des chaussettes en laine. Changement radical de climat pour tout le monde. Notre seule connaissance de la destination finale, ce sont quelques échanges Whatsapp avec Vidir, qui ne connait que notre jour et heure d'arrivée. Le Freestyle, on a l'habitude, on verra bien sur place.
Effectivement sur place, c'est Freestyle. Pas de Vidir, pas de message, et pas de réseau. Un peu de Wifi plus tard, Vidir nous donne une adresse, lisible uniquement par un autochtone; quand plus de 5 consonnes se suivent, t'as beau essayer, tu décroches un O en lecture!
L'Adresse, c'est celle d'un parking où une Skoda Octavia déglinguée nous attend, avec les clés dans la boite à gants et le coffre HS. Alors là, on ne connait pas encore le Vidir, mais rien ne pouvait nous faire plus plaisir. Les plans comme ca, c'est dans notre ADN et ca nous donne le sourire.

Nous voilà donc partis pour 250km, de Reykjavik à Gilsjardarbrekka. Il est 16h et le soleil décline gentillement. Le paysage est à la fois lunaire et improbable. La luminosité nous offre un panorama à couper le souffle. De la nature à perte de vue, que nous apprécions à sa juste valeur puisque notre Skoda, avec ses 330 000 km au compteur, plafonne à 90km/h en ligne droite.
La nuit tombe, les kilomètres s'enchainent et tout le monde pique du nez, sauf moi bien sur, les yeux rivés sur une fin de route pluvieuse, pour éviter les brebis qui traversent la route sans prévenir.
A 13km de blablablabrekka, nous quittons la route pour une piste en montagne. Je comprends mieux l'état de la voiture à cet instant précis! Dans la pénombre, difficile de distinguer notre environnement. Tout ce que je sais, c'est que nous sommes bien en montagne, et que les dénivelés sont bien présents.
Nous y voilà, au bout du monde : Maison éteinte, porte d'entrée fermée, pluie battante et pas de réseau, les enfants commencent franchement à perdre leur sourire, plutôt flippés d'ailleurs! En ce qui nous concerne, Carpe Diem, on fait demi-tour en attendant de retrouver un brin de réseau au détour d'un caillou. C'est Beggi, pote de Vidir, le pastre (traduisez par éleveur de brebis), qui nous récupère sur la piste avec sa camionnette de l'Agence Tous Risques (si t'as moins de 35 ans, tu peux pas connaitre!)
De retour à la maison, je comprends que le citadin que je suis avait tout simplement oublié de passer par la porte de derrière, toujours ouverte, à l'instar de notre Skoda!

Une magnifique entrée en matière. Beggi est un Icelandais extrêmement chaleureux, qui nous accueille à bras ouverts dans une maison rien que pour nous, afin que nous puissions profiter de notre confinement obligatoire dans les meilleures conditions.
Entre les courses qui nous attendaient dans la Skoda, la maison, et l'accueil de Beggi à 22h, je dois dire que l'hospitalité est tout simplement surnaturelle!

Surnaturel, parlons-en! Non en fait, pas besoin d'en parler, un coup d'oeil sur les photos en dira bien plus long que de simples mots. Un réveil Gravé à VIE.
Un confinement qui change un peu des acquis : on échange 5 mois philippins contre 5 jours Icelandais, et 140 décibels contre quelques décibeeeeeehhh, nos voisines qui broutent paisiblement les gras patûrages d'un été frais et ensoleillé.
Cette connection avec la Nature nous rappelle combien il est essentiel de lire la simplicité dans ce que nous vivons et qui nous paraît parfois complexe. Facile à dire me direz-vous dans notre contexte actuel Icelandais, il est vrai, mais quelque soit la Nature qui nous entoure, s'y plonger permet à mon sens d'ouvrir les portes d'une paix intérieure qu'il est de plus en plus difficile à toucher du doigt. Prendre le temps de le prendre, tout simplement.
Lorsqu'on déconnecte, on s'en rend souvent compte, et rester connecté à ce pouvoir de déconnection invite à mon sens à vivre avec davantage d'authenticité.

Vidir passe nous voir pour nous amener des vivres locales. Saumon fumé, Sole et produits laitiers, on va vraiment se plaire ici. Afin de sortir de notre confinement, nous devons faire un deuxième test Covid, le premier ayant eu lieu à la sortie de l'avion. Ici, on est pas en France! Quand tu rentres l'adresse du centre médical dans ton GPS, tu t'assois et tu bois un café : 264 km à parcourir Aller/Retour pour une minute de coton tige dans le pif, ouvert entre 10h et 11h du mat. C'est plus un test Covid, c'est une expédition!
Bon, ben, en route! Les enfants ont fini leur nuit dans la voiture, tout en profitant du paysage aux milles couleurs.
Test négatif, nous pouvons désormais intégrer la Ferme de Vidir à 20km de là.

Vidir, c'est le miticulteur (éleveur de moules pour les incultes). Mitiliculteur, oui, mais pas que! En fait, le bonhomme est un personnage à part entière.
Sa "Ferme" au bord de l'eau ressemble plutôt à un immense espace, des hangars, mi garage, mi casse-auto, parking à bâteaux, en bref, un mix entre Géo trouve-tout et Huggy les bons tuyaux. Y en a partout, t'as l'impression que c'est un vrai bordel, mais organisé, à sa façon. On est bien, on est à la maison.
L'activité principale, c'est l'élevage, le triage et la production de moules, du naissain à la vente. Précurseur dans l'élevage de moules en Iceland il y a 13 ans, il en connait un rayon. Les Icelandais ne consommant pas de mollusques ou fruits de mer, c'est culturel, 95% de ses ventes sont générées par la présence de touristes. Parallèlement, son passif de pêcheur en chalut puis capitaine de flotte lui a permis de prendre un poste estival sur des navires de tourisme pour aller admirer les baleines dans les fjords icelandais.
Le Covid étant passé par là, la demande a drastiquement chuté. On passe d'1 Tonne de moules par semaine à 20kg en moyenne, et pas de tourisme pour aller saluer les baleines. Difficile de rebondir, mais la pluri-disciplinarité paye. Il retape des véhicules à ses heures perdues, et aide efficacement Beggi, le pastre, qui gère un cheptel de 600 brebis. Covid ou pas Covid, elles s'en foutent pas mal en fait! Elles continuent à brouter et à défoncer les clotûres!
Veuf il y a trois ans, Beggi a repris la bergerie après le décès de sa femme, mettant de côté ses 25 métiers, tous aussi improbables les uns que les autres.
Les deux font la paire! Pas moyen de s'ennuyer par ici, un peu de sens pratique, du système D dans les poches, et le tour est joué!

La brebis, c'est chez elle que nous sommes rentrés dans le vif du sujet. Nettoyage de la bergerie et abbatage de 20 brebis pour honorer les commandes et préparer l'hiver. Abbatage sur place, dans les règles de l'art. Les enfants ne sont pas conviés pour cette étape, mais nous mettons activement la main à la pâte!
La deuxième étape est davantage dans nos cordes : débiter 5 carcasses. Ca, c'est du boulot pour nous. Je gère les grosses pièces, Gwen est au désossage et les enfants s'occupent de la viande séchée et de la mise sous vide. On se croirait presque au labo du 11 Rue Hoche!
Une commande de moules vient se glisser là-dedans, ce qui nous permet de toucher du doigt le lavage, triage, conditionnement et le fonctionnement des machines.

Un rythme à la fois soutenu et tout en douceur. Pas de réveil, pas de stress, pas de pression, du travail bien fait et un apprentissage de chaque instant. Les enfants participent activement, et plongent dans leurs cours du CNED, quand nous leur rappelons. Jusque là tout est normal!
On travail à couvert, et c'est pas plus mal. L'hiver pointe le bout de son nez. Le soleil et la fraicheur laissent place à un climat plus polaire. Des vents à 120km de moyenne et une température ressentie à -5°C. De prime abord un peu rude, mais on s'y fait bien.
La maison est très chaleureuse, Vidir est un excellent cuisinier, de traditions icelandaises, qui nous fait découvrir de nouvelles saveurs. On y ajoute nos touches personnelles, et tout le monde est heureux.

"Le goût des choses simples" comme dit Herta en vendant sa knachi. Ils ont raison.... sur le slogan. Un slogan plutôt inspirant pour cette pensée du jour en cette saison annuelle de covid :

Une assiette dite "gastronomique" peut être caractérisée par une multitude de saveurs, des produits du monde entier et des associations complexes, ou au contraire un produit, un seul, de saison, servi avec la plus grande singularité. Dans les deux cas, les émotions vécues sont identiques : un plaisir enfantin, un régal des papilles, des yeux qui se plissent et une mémoire gustative qui éveille les 5 sens.
En période faste, nous avons la liberté presque inconsciente de choisir l'une ou l'autre des assiettes.
En ces temps économiques peu communs, là ou la question se pose, le choix devient souvent évident. Notre raison nous guide naturellement vers un choix par défaut, y apportant alors une consonance négative. Cette approche nous fait parfois oublier qu'il y a du plaisir dans chaque chose, chaque instant, chaque parole donnée ou recue. Ce plaisir, c'est celui des yeux qui se plissent, une mémoire qui éveille nos 5 sens et notre quotient émotionnel. Mais pour le vivre, il nous faut retrouver le plaisir enfantin : Le goût des choses simples.....

Ami(e)s lecteurs, merci de votre fidélité. Je vous salue et vous dis à bientôt pour une autre tranche de Vie.