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Fran’s Travel Diary

Wednesday, 02 Dec 2020

Location: Iceland

MapTranche de vie polaire...
Un climat aujourd'hui qui nous oblige à rester au chaud et patienter. Le moment propice pour s'asseoir, et prendre conscience avec chronologie des expériences incroyables vécues ce dernier mois.
Au dehors, les vents à 120 km/h et les quelques -8°C ressentis -16°C font tomber la neige à l'horizontal. C'est l'hiver Icelandais. Le soleil se lève aujourd'hui à 11h13 et se couche à 15h23. Ce rythme solaire nous fait perdre pied sur le temps qui passe et l'éphéméride n'a alors plus aucune importance.

Les enfants ont pris la plume, et je leur donne la primeur. C'est livré brut, et illustré par une page dédiée:

ANOUK...:
Bonjour tout le monde c’est Anouk,
Quand on est arrivée en Islande, on a fait une semaine de quarantaine (5 jours) dans une maison au milieu de nulle part qui s’appelle Brekka. Puis, on a emménagé dans la maison de Vidir, le producteur de moule. On vivait avec Piotr et Marj un couple, mais ils sont partie fin Novembre, un garçon nommé Tanguy les a remplacer. Il y a 2 jours, 3 français sont arrivés et pour le moment ils sont en quarantaine pendant 5 jours comme nous. Aujourd’hui il y a beaucoup de vent, dehors on a même l’impression qu’il fait -16.
Beggi, le fermier de 532 brebis et 18 bélier, a tuer 3 lapin, on a tannés les peaux et cette après-midi, on va les gratter et ce sera fini. Tous les matin, on va à la bergerie pour nourrir et laver les box des brebis, c’est trop bien !!!!!
I am so happy to share all our experience with all of you and I hope that you enjoy that!!!!! I love this country where everybody respect nature and everyone know everyone. Nature is amazing and the sunset are more then amazing!!!!!

GASTON...:
Bonjour tout le monde, c’est Gaston,
J’ai hâte de rentré en France même si l’Islande est un des plus beaux pays que j’ai vu dans ma vie. Il y a quelque jour, on a vu des supers belles aurores boréales, elles étaient superbes et très grosse, les couleurs défilaient à mille alleur. Du rouge, orange, vert, violet et rose. On a même vu une bordure nuageuse (photo une) trop incroyable, un coucher du soleil tout rose (photo deux) et un coucher du soleil qui par de jaune à rose à bleue (photo trois). Il y a trois semaine, on a fait un tour en bateau, on a fait de la pèche à 20 m de fond et j’ai pécher un cod de taille moyen. J’étais trop content, on a aussi vu des cachalots, des baleines et des mouettes qui volaient à 2 m de nous.

GISELE...:
L'Islande c'est beau avec toute les montagnes de neige, et c'est tros cool. Et aussi ici il a gréler. Et la maison de Vidir est tros belle et aussi brekka. Et il y a des yaourts qui s'appelle le AB. Il y a AB banane, à la fraise... et c'est bon, miam. En Island ils mange du mouton et ils aime les pomme de terre. Vidir il fait de l'élevaje de moules et il a un copain qui s'appelle Beggi et il est fermier. Aussi il y a des cascades qui sont tros belle et on avait fait un pique- nique à côté d'une cascade. C'est tros cool l'Islande. C'est tros beau aussi l'Islande!!! I Love Island!!!

ET LES GRANDS...:
La dernière tranche rédigée fin Octobre faisait état de notre boucherie artisanale familiale pour débiter les agneaux. Ce n'était qu'un entrainement!
Quelques jours plus tard, Vidir et Beggi me demandent un coup de main pour charger une barque et un générateur éléctrique dans le camion. Dans la cabine, je vois le fusil de chasse. Vidir percute, s'arrête sur mon visage perplexe, me regarde, et éclate de rire en me disant : Aiguise tes couteaux mon grand, on te ramène un cheval!
Les deux compères ont troqué l'attirail contre un cheval à la patte cassée. Compte tenu du climat et des terrains escarpés, ils ne font pas dans le détail.
Quelques heures plus tard, ca sent le canasson dans le camion!
Je prend sur moi les premières minutes, car l'exercice est totalement nouveau et psychologiquement incongru. Il faut déjà réussir à sortir le bestiau, et même à trois, ce n'est pas chose facile.
Je passerai les détails de cette aventure afin de ne pas choquer certaines susceptibilités, et pour les plus curieux, les photos illustreront cet épisode très enrichissant! Tout le monde a pu participer, les petits comme les grands.

Après la boucherie, un peu de mécanique permet de se dégourdir les jambes. Dame Nature nous offre 4 jours de beau temps, ce qui nous permet de remonter les manches et s'enduire de cambouis. Le pick-up du pastre est sur le pont, car la transmission est HS. Ce gros "Muscle Car" de 4 Tonnes et 400 chevaux, outil de travail de Beggi, doit tourner avant l'arrivée de la neige. Allongé sous la bête, je passe 4 jours avec Vidir à réparer toute la transmission et j'en apprend un rayon. Pendant ce temps, Gwen, en magnifique épouse, gère la logistique et le travail scolaire des enfants.
Quatre jours plus tard, le pick-up ronronne, un vrai régal et une belle satisfaction collective.
Ce truc est tellement puissant qu'il grimperait aux arbres! Et ca tombe plutôt bien : Le lendemain, le "Sheep Gathering" démarre. L'exercice consiste à constituer des équipes de randonneurs, et rapatrier les 600 brebis jusqu'à la bergerie.
Indice qui a son importance : toutes les brebis sont éparpillées en montagne.
Tout le monde est réquisitionné. Chacun sa radio, et en avant.
Nos expressions françaises construites autour des moutons ne sont pas un hasard. Et quand il faut courir après les bestioles dans la pampa, faut être plus malins qu'elles, mais t'y laisse quand même tes poumons et tes cuisses! Cela nous permet de découvrir des paysages et points de vue époustouflants. Les enfants galopent et sont très investis malgré la fatigue qui se fait sentir en fin de journée.
Les quelques jours qui suivent sont animés par une chasse aux brebis égarées, afin de les ramener au bercaille avant la tombée de la neige.
Les dernières brebis nous metteront d'ailleurs à l'épreuve, sous des conditions climatiques qui relèvent plus d'un IronMan que d'une promenade dominicale!
Le principal, c'est que tout le monde soit rentré, car le coiffeur n'attend pas!!

Pour attaquer l'hiver dans la bergerie, une petite tonte s'impose! Et tondre 600 brebis, c'est une logistique rythmée et orchestrée.
Deux professionnelles sont mandatées pour l'occasion. Marie et Heidi, elles aussi fermières, sont toutes deux lauréates aux Championnats du Monde de tonte de brebis. Chrono moyen: 2mn par brebis, et croyez moi, à voir les équimoses sur leur corps et la carure des demoiselles, tondre une brebis icelandaise, réputée pour sa tonicité, ca sonne plutôt comme un match de catch!
La tonte durera trois jours. Chaque brebis tondue est ensuite nourrie grassement. La laine est de suite triée par qualité et par couleur, pesée puis expédiée pour être vendue et traitée en pelote par une entreprise spécialisée.
La qualité de laine des brebis de Beggi est réputée pour être une des meilleures d'Iceland. Il nous apprend que l'environnement des WestFjords dans lequel ses brebis évoluent est propice à une laine d'exception. Pas de volcans à proximité, donc aucun sable dans la laine, et l'absence de végétation épineuse permet d'obtenir une laine douce et soyeuse.
Grâce à cette laine, il réussira à récupérer environ 16 000 euros. Une entrée d'argent non négligeable pour faire vivre l'exploitation, qui représente 50% de son chiffre d'affaires annuel.

Ces quelques jours très actifs sont récompensés par une petite virée au bout du monde. Vidir nous emmène en 4x4 à la pointe Nord-Ouest de l'Iceland. Il en connait les moindres recoins. Nous quittons rapidement la piste pour arpenter les chemins où seuls les 4x4 équipés peuvent s'en sortir. Nous découvrons des villages encore habités par quelques fermiers au coeur d'un décor volcanique aride et épuré. Ces fermes encore en activité sont tellement reculées que l'approvisionnement en hiver se fait en hélicoptère 2 fois par mois. En chemin, nous rencontrons des phoques, sagement allongés sur leur caillou, en pleine digestion de harengs. Un monde surnaturel qui nous fait vibrer, seuls au monde face à ce gigantisme.
Notre escapade se termine à la fin de la piste. Plus de route, simplement du grand bleu en direction du Groenland. Une journée qui sonne comme un poème sans strophes, un jeu de lumières silencieuses qui éblouissent par leur éclat d'un soleil toujours rasant.

De retour à la maison, un nouveau rythme s'installe. Il faut désormais prendre soin des brebis tous les jours. La bergerie s'organise. Nourriture deux fois par jour, nettoyage des enclos, approvisionnement des meules de foin, de quoi nous occuper 5 heures au quotidien. Les tâches se répartissent, les enfants sont à pied d'oeuvre, s'amusant également avec les chiens qui ne ratent pas une occasion de jouer dans le foin ou de les aider à canaliser les brebis pendant le nettoyage.
Vidir et Beggi ont réellement le coeur sur la main et leur générosité les conduit à constamment partager avec nous leur culture et la connaissance intarrissable de leur pays.

Voyant que j'accroche la mécanique, Vidir m'emmène à Holmavik, une petite ville à 30Km de là pour faire quelques travaux dans le bateau de Beggi, un voilier de 15m amarré au port.
Pendant ce temps, Beggi charge toute la famille dans son "Muscle-Car" à la découverte d'une grotte de glace. Les photos parleront d'elles-même. Un vrai joyaux naturel, creusé par le vent sur le lit d'une rivère. Le créneau est idéal avant qu'elle soit engloutie par la neige!

Quelques jours plus tard, Vidir consulte la météo, et nous annonce que nous partons en mer le lendemain. C'est l'effervescence. Après notre passage par la bergerie, on s'active pour mettre sur nous les 15 couches thermiques qui nous permettront de survivre aux -8°C de la journée.
En route vers le large, nous apercevons au loin les premiers signes de baleines à bosse. Vidir est un expert en la matière. Nos yeux ébahis contemplent le balai calme et apaisé des baleines dans le fjord. Vidir s'agite et vire alors de bord. Nous approchons un groupe de 6 cachalots, une présence extrêmement rare en Iceland nous dit Vidir, excité comme un gosse! La Nature est décidément magnifique et nous sommes gâtés.
Il faut maintenant ramener le dîner pour fêter ca! On se rapproche des côtes, pour aller pêcher le cabillaud avant le coucher du soleil. C'est la pêche miraculeuse! On sort 3 magnifiques spécimens de l'eau avant de rentrer, qui feront le régal des papilles le soir même.
Dame Nature nous couvrira encore de bonheur le lendemain. Il est 18h30, et par un ciel sombre et dégagé, une multitude d'aurores boréales viennent danser dans le ciel. Ce phénomène éphémère si vivant nous laisse sans voix, ou plutôt excités comme des mômes au pied du sapin! Peu de clichés à partager, il faut être équipé pour pouvoir les mettre en boîte, mais qu'importe, nos yeux ont capturé l'instant!

Le cabillaud de notre pêche miraculeuse nous avait mis l'eau à la bouche avec un goût de trop peu! Du coup, la semaine dernière, un des potes pêcheur de Vidir nous a fait le plaisir d'échanger du cabillaud et du haddok frais contre de la viande fumée. 100 kilos de poisson frais nous attendaient sur le pont du bateau, de quoi se refaire la main sur le filetage du poisson rond!

Le troc a toujours existé en Iceland. En effet, la notion de monnaie n'est apparue qu'après la deuxième guerre mondiale, développée par les Américains lorsqu'ils importaient le poisson icelandais sur leurs terres.
Cette culture du troc leur permet de diversifier leur quotidien, et de répondre aux besoins de la vie en parfait équilibre.
La notion d'Equilibre nous a fait beaucoup réfléchir ce dernier mois.
Partir en wwoofing, c'est dédier tout ou partie de son quotidien au service d'autrui, étant parfois dans l'attente de pouvoir rendre service. Cette attente peut créer un inconfort, le sentiment de ne pas être légitime à recevoir autant et donner si peu parfois, ou pour certains confondre wwoofing et hôtel, en recevant allègrement sans jamais donner.

Cette expérience nous fait comprendre et accepter que ce concept réside non sur la quantité des services rendus mais bien sur la qualité de ce que l'on est capable de donner. Donner du temps est une chose, mais le donner avec son coeur et ses propres qualités humaines revient à Se Donner en conscience. Au delà du don, c'est alors un partage qui se met en place, puisque l'on met aussi au service de l'autre une énergie positive et fédératrice qui anime et fait vibrer l'instant collectif.
L'Equilibre survient précisément lorsqu'on est capable de discerner avec justesse la part émotionnelle que l'on donne, et celle que nous nous autorisons à recevoir, qui fera grandir l'estime de nous-même.

En ce temps de Covid, qui tend à appauvrir notre économie monétaire, au profit du temps qui nous est offert, ne serait-il alors pas judicieux de recentrer notre énergie sur l'investissement personnel qualitatif à l'égard de l'autre pour nous charger de vibrations positives et nous permettre de revivre en Equilibre ? Un questionnement qui nourrit notre méditation...

Sachez que vous voyagez tous avec nous, au quotidien. Merci de votre fidélité, et à très bientôt pour de nouvelles aventures...